Tout est compris, sauf le vendeur

Voici une page quelque peu insolite qui vous propose de découvrir ou de redécouvrir quelques petits "kwacks" dans l'univers bien pensant du marketing à la Alan Mickael SUGAR. Ce sont souvent de petits détails, mais je trouve cela un peu croustillant, car une association de consommateurs saisie aujourd'hui face à de tels procédés ne laisserait certainement pas passer ce genre de fantaisie. Sans parler de la légalité douteuse de certains procédés (jusqu'à preuve du contraire bien sûr). Mais comme le dit le slogan phare d'AMSTRAD à l'époque : Tout est compris, sauf le vendeur ! Alors infiltrons-nous...


Soyons discrets, ça va passer...

Nous sommes en septembre 1990, AMSTRAD lance à grand renfort de publicité dans la presse spécialisée sa nouvelle gamme CPC+ censée redonner un coup de fouet à notre belle déjà sur le déclin. Nous passerons pour l'instant sous silence l'intéret limité de lancer une gamme d'ordinateurs 8 bits alors qu'AMIGA et autres ST sont bien installés dans l'arène pour nous arrêter un instant sur cette campagne de pub relativement discutable.

Je ne veux pas parler du prix affiché de 2990F, qui est le prix d'un CPC+ avec écran monochrome alors que la photo nous montre un écran couleur, car la mention "à partir de" constitue une technique aussi éculée qu'amusante. Je veux plutôt m'arrêter sur un détail si flagrant qu'on ne le remarquait même pas. AMSTRAD met en avant dans sa publicité les nouvelles capacités graphiques intégrées aux CPC+, 32 couleurs sur une palette de 4096 contre 16 sur une palette de 27 pour l'ancien modèle. Si cela arrange un peu le rendu graphique sur CPC, il ne faudrait tout de même pas abuser, cela ne vaut pas celles d'un ATARI ST, loin de là... Mais que voyons-nous là, justement? AMSTRAD ne recule devant rien et incruste carrément dans l'écran du CPC+ une image de la version ATARI ST du jeu "BATMAN the Movies" d'OCEAN. Je ne sais pas si l'éditeur était au courant mais en tout cas, cela n'a pas du échapper au gamin qui venait d'acquérir un CPC+ flambant neuf accompagné dudit jeu et qui venait de lancer une partie.

Merci AMSTRAD pour cette preuve de confiance dans les capacités graphiques de sa nouvelle gamme face au reste du marché.


Toute ressemblance serait purement fortuite :

Les pistolets infra-rouges fleurissent dans les années 80, aucune machine n'est épargnée. Que ce soit le pistolet orange de Nintendo, prétexte à de vastes génocides de canards, ou encore le Lightgun de SEGA qu'il ne faut pas oublier d'accompagner d'une bonne paire de lunettes 3D bien cheaps, les expériences les plus douteuses se succèdent, emmenées par une horde de gamins prêts à tout pour de nouvelles sensations. En 1989, lourde coïncidence s'il en est, AMSTRAD sort sur le marché son pistolet, le LightPhaser. Pas très précis, livré avec des jeux aussi insipides que désespérant d'ennuis, à part peut-être ce qui concerne le légendaire Operation Wolf qui sauve un peu l'ensemble du bide intégral, le joujou ressemble à s'y méprendre à un autre qui sévissait quelques années plus tôt, justement le gun de SEGA dont on parlait un peu plus haut. Lorsqu'on regarde les deux armes de plus prés, la ressemblance est frappante.

Ce qu'il faut savoir, c'est que SEGA était distribué en Europe depuis peu de temps par la société MASTERTRONIC, elle même à l'origine de la filiale jeux-vidéo de VIRGIN. Le parallèle est alors simple à établir : MASTERTRONIC, relativement actif sur le marché CPC, a eu la charge pour AMSTRAD de proposer un pistolet pour notre belle machine et l'entreprise n'avait pas forcément envie de débourser une fortune pour mettre un point un produit nouveau alors qu'elle bénéficiait d'un modèle idéal et au design largement passe-partout. Voilà comment on découvre en septembre 1989 une publicité estampillée du slogan "Virgin Mastertronic présente le Magnum Light Phaser pour AMSTRAD. Sans commentaires". Je ne vous le fais pas dire, il n'y a en effet guère de commentaire à ajouter... Créativité - 0 / Rentabilité - 1, j'adore...


Mais AMSTRAD n'est pas le seul dans le bain, ce serait trop commode. Les différents intervenants du secteur ne sont pas non plus toujours très fairplay... Bien sûr, il n'y a jamais rien d'illégal là-dedans, mais on peut tout de même isoler quelques procédés commerciaux bien salés. Voilà qui est intéressant car finalement, les choses n'ont guère changé en la matière, c'est tout juste si les méthodes employées sont plus dicrètes. J'adore...


Extra-balle :

Regardez bien cette boîte de jeux, elle a un pouvoir insoupçonné. Cela n'a rien à voir avec le fait que l'éditeur TITUS ait rassemblé autant de licences légendaires dans une même compilation. Regardez de plus prés, cela doit vous crever les yeux maintenant... Cette compilation est garantie à vie. Quel prince ce TITUS, il ne recule devant rien pour servir ses clients chéris. D'autant que les clauses de la garantie restent classiques. Elle n'est applicable que si l'on constate un vice de fabrication ou de fonctionnement. Bien sûr, personne n'attend 15 ans pour sortir son acquisition du blister, mais bon c'est l'intention qui compte : chez TITUS on garantie les jeux à vie, c'est pas rien tout de même. Ceci étant dit, le jeu est toujours sous garantie aujourd'hui si on arrive à prouver qu'il n'a jamais fonctionné.
On sait que la société TITUS a été mise en procédure de liquidation en janvier 2005, et c'est vraiment navrant de voir disparaître une société française supplémentaire, mais si on leur demandait de remplacer des disquettes AMSTRAD, que diraient-ils ? Franchement, cette annonce est une très bonne technique marketing, inventive, abusive, tout ce qu'on aime ! Garantie à vie, cette compilation s'assure donc l'immortalité ! TITUS ne peut hélas pas en dire autant !


A l'heure où blanchit la campagne...

...les amis s'éloignent dans la brume. Voici sans doute l'une des farces parmi les plus douteuses que nous ait réservé le cruel univers du marketing. En janvier 1991, la rédaction d'AMSTAR & CPC jetait la première l'éponge sans même un mot dans son dernier numéro (mais avec une belle lettre aux abonnées paraît-il) face à un marché devenu particulièrement concurrentiel et résolument tourné vers la génération 16/32 bits. Il faut dire que la qualité d'un généraliste comme GENERATION 4 n'était plus à démontrer et le magazine JOYSTICK faisait ses premiers pas avec noblesse. Puis en octobre 1993, c'est le légendaire AMSTRAD Cent Pour Cent qui nous quittait presque la larme à l'oeil, après plus de 5 ans de rédaction, fidèle au poste.

Mais tout n'était pas aussi morose dans ce tableau, car contrairement à d'autre magazines qui durent mettre la clef sous la porte pour de seules raisons économiques (suivez mon regard vers un magazine portant un nom en rapport avec l'univers du flipper), nos chers magazines spécialisés ont tenu la barre jusqu'au bout et se sont éteints avec le marché qu'ils couvraient. Ils accompagnèrent notre cher CPC jusqu'à la fin de l'ère 8 bits, laissant naturellement la place à la génération suivante. Vie et mort d'un micro-ordinateur personnel, entouré de ceux qui ont su l'apprécier jusqu'au bout...

N'hésitez pas à redécouvrir cette fabuleuse épopée en visitant le très bon site Abandonware Magazines